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REGISTRES D
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[i56a]
comme l'on disoict, de quatre mil cinq cens chevaulx, et huict mil hommes de pied'5', lesquelz au partir d'Achères dressèrent leur chemin droict à Pluviers, qui leur fut rendue incontynant'6', parce qu'elle n'es-toict pas pour tenir contre une telle armée, et feirent pendre le cappittaine Garnier, parce qu'il estoict de Paris et qu'il avoict fort résisté contre eulx, qui fut ung grand dommaige, et pareillement deux autres de ses compaignoos : Dieu leur face pardon.
Lesd, huguenotz estans aud. Pluviers, et ayant donné ordre à leurs municions de guerre, et ordonné gens pour leur faire venir vivres avecq surette, ilz firent marcher leur armée droict à Estampes, et envoy[er]ent quelque trompette devant pour sommer laville de se rendre au prince de Condé, mais ceulx qui estoient venuz pour ceste charge y trouverent d'autres gens qu'ilz ne pensoient, car mons7 le mareschal de Sainct André y estoict arrivé avecq dix ensignes de gens de pied et quelque compaignye de gendarmerye qui estoict assez mal complaitte.
Le mareschal de Sainct André à Melung.
La ville d'Estampes rendue au prince de Condé.
Le Roy et Messieurs de son Conseil, estans adver-tiz que les ennemys estoient si près dud. Estampes, il envoya en toute dilligence advertir monsr le mareschal de Sinct André qu'il eust à se retirer dedans la ville de Mellun avecq toutes les forces qu'il tenoict avecq luy, pour donner ordre à ses deux passaiges,
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seigneur le Connestable à Mante, acompaignée de madame de Vandatour O et madamoiselle de Montmorency '2>, ses filles, et autres damoiselles qui l'acom-paignoient. Nostre armée séjourna aud. Mantes deux jours, et là on eust nouvelles que l'armée des rebelles marchoict pour venir droict à Estampes, qui fut cause que mess" de Guise et monseigneur le Connestable s'en partirent pour leur retirer à Paris'3', afin de pourveoir aux affaires de lad. Ville, donner ordre pour l'assiette du camp; et eulx arrivez, adviserent que l'on feroict venir noz gens de pied François et noz Suisses aux faulxbourgs Sainct Germain des Predz et aux faulxbourgs Sainct Jacques pour illecq attendre que nostre armée ref-feust assemblée, et nostre gendarmerye tout autour de Paris, aux lieux les plus proches que l'on les pouvoict acommoder.
L'armée des huguenotz à Pluviers. Les ennemys s'approchoient tousjours et ne de-mandoient que surprendre quelque une de noz villes, affin de faire leur magazin de vivres pour faire marcher après eulx, venant le chemin de Paris, comme ilz monstrerent bien, car au partir d'Orleans, monsr le prince de Condé dressa son chemin pour venir à Pluviers, et s'en vint loger en ung villaige qui se nomme Hacheres'4', où monsr d'Andellot le vint trouver avecq les forces qu'il admenoict d'Allemaigne; et là assemblèrent leurs forces qui faisoict nombre,
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(■) Éléonore de Montmorency, fille ainée du Connétable, mariée en février i545 à François de la Tour, troisième du nom, vicomte de Turenne, qui fut blessé à Saint-Quentin le io août 1557 e- mourut trois jours après.
(2' Selon toute apparence, Marie de Montmorency, qui épousa le 12 juillet 1567 Henri de Foix, comte de Candale.
'3) M. de Guise et le Connétable firent leur entrée à Paris le i3 novembre, sce qui donna grand courage à toute la ville de Parisn. Le lendemain, ils sortirent de la capitale pour voir l'assiette du camp que l'on devait établir en dehors de la porte Saint-Jacques. Les gens de guerre dont il est question arrivèrent le dimanche 15 novembre et furent logés, savoir : les Bretons au fauhourg Saint-Jacques et les Suisses au faubourg Saint-Germain (Journal de l'année i56a, p. 197. - 98).
<-> Achères (Loiret), arrondissement de Pithiviers, canton d'Outarville.
(-) Claude Haton, dans ses Mémoires (t. I, p. 298), évalue les forces du prince de Condé, après la réception des reîtres, à 25,ooo hommes placés sous les ordres de l'Amiral, d'Andelot, son frère, de La Rochefoucauld, de Mouy, de Montgommery; «son camp, dit ce chroniqueur, fut composé de environ io,ooo piétons soldatz et le reste de cavaliers, fort en ordre ot bien montez». D'autre part, une lettre de Charles IX, datée de décembre i562, nous apprend que "l'armée de ceulx d'Orléans, s'estant renforcez du secours qui leur doit venir d'Allemagne et de Guyenne, marchoyt en nombre de 5,ooo chevaulx et 8 ou 9,000 hommes de pied, en délibération de venir droit à Paris- (Bibl. Nat., fonds français 15877, fol. 442).
(°) Le prince de Condé investit Pithiviers, autrement dit Pluviers, dans la forêt d'Orléans, petite ville mal fermée et peu forte, défendue par deux ou trois compagnies de geus de pied; quelques volées d'artillerie abattirent les remparts qui n'étaient que de menue pierre maçonnée de terre. La place se rendit à discrétion le 11 novembre, avec assurance de la vie sauve pour les habitants et la garnison. Malgré la promesse qui avait été faite aux assiégés, le prince de Condé fit pendre deux des capitaines de la garnison, Mathurin Gainier et Francisque ttqui lui avoient manqué de foy,- ainsi que les prêtres trouvés dans la ville. Quant aux soldats, après leur avoir fait prêter serment de ne plus porter les armes contre les huguenots, ils furent dépouillés de leur argent et de leurs hardes; le prince les renvoya tten cueilleurs de pommes, sans leur faire donner un morceau de pain, encores qu'ils n'eussent mangé il y avoit près de trente six heures-. Les habitants de leur côté furent fort ttmal traitez, pillez et rançonnez des gens dudit prince et mangezjusques à tout- (Hourquelot, Mémoires de Claude Haton, t. I, p. 298-800; d'Aubigné, Hist, universelle, liv. III, p. i63).
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